La connaissance: prison ou prisme?

Qu’est-ce que la connaissance ? Au XVIIe siècle, la science s’institutionnalise avec Galilée, Descartes, Bacon. L’Académie royale (1660) et la Royal Society consacrent la méthode expérimentale pour les sciences de la nature : observable, mesurable, falsifiable. Les sciences humaines (ethnologie, psychologie) adoptent des protocoles adaptés, mais l’épistémè dominante privilégie toujours la quantification. Les savoirs intuitifs, holistiques, empiriques échappent à ce cadre — sont-ils pour autant faux ?

Ces savoirs traditionnels, souvent moqués comme irrationnels, regorgent pourtant d’exactitudes que la science moderne valide rétrospectivement. Prenons les Mayas : dès 300 av. J.-C., leurs prêtres-astronomes calculaient le cycle synodique de Vénus (584 jours) avec une précision stupéfiante de ±2 heures sur 500 ans. Leurs tablettes de Dresde, déchiffrées au XIXe siècle, prédisent les passages de l’astre à 0,08 jour près sur un siècle entier. Sans télescopes ni algorithmes, ils rivalisaient avec les satellites de la NASA actuels. Cette astronomie sacrée, liée à leurs calendriers rituels, n’était pas une coïncidence : elle découlait d’observations cumulées sur des générations, transmises oralement.

Les Incas, de leur côté, maîtrisaient une neurochirurgie primitive mais redoutablement efficace vers 500 av. J.-C. Leurs trépanations crâniennes — ouverture du crâne pour évacuer hématomes ou épilepsie — atteignaient un taux de survie de 80%, sans anesthésie chimique ni antibiotiques. Les crânes incas, exhumés par l’archéologie, portent des traces de régénération osseuse nette, prouvant que les chamans-chirurgiens connaissaient intuitivement l’asepsie (rasage, décoctions antiseptiques) et des techniques de forage précises. La médecine moderne, en conditions optimales, peine parfois à égaler ce pourcentage en contextes similaires.

Jeremy Narby, dans Le Serpent cosmique, pousse plus loin l’hypothèse : les visions induites par l’ayahuasca chez les chamans amazoniens — serpents en double hélice jaillissant de la terre — mimeraient la structure même de l’ADN. Spéculative ? Sans doute. Mais troublante quand on sait que ces peuples, sans microscopes, décrivent des formes biomoléculaires que Watson et Crick ne modéliseront qu’en 1953. Narby interroge : et si les états modifiés de conscience permettaient un accès direct à des informations encodées dans la nature ?

Jean-Marie Pelt, botaniste et ethnobotaniste, ancre cela dans le concret. Lors de conférences, il relate sa rencontre à Cotonou avec un guérisseur béninois vaudou. Assis ensemble, ils comparent leurs savoirs sur les plantes médicinales : Pelt excelle sur les principes actifs isolés (alcaloïdes, flavonoïdes), mais le guérisseur surpasse le scientifique en précisant des synergies thérapeutiques. Pour le foie, par exemple, des molécules inefficaces testées séparément en labo deviennent puissamment protectrices associées, comme dans les décoctions traditionnelles. Pelt en tire une leçon d’humilité : « Nous mettons en commun ce que nous savons, avec grande modestie. »

Ces exemples ne nient pas la puissance de la science — ses vaccins, ses lasers, ses génomes séquencés. Mais ils rappellent ses angles morts : le holisme des traditions capture des interactions complexes que le réductionnisme fragmente. L’ayahuasca, jadis folklorique, soulage aujourd’hui 80% des dépressions résistantes selon des essais cliniques (MAPS). Les Aborigènes australiens suivaient des étoiles « invisibles » (quasars) transmises oralement, confirmées par Hubble des millénaires plus tard.

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